Pourquoi les femmes juives portent-elles une perruque ?

Pourquoi les femmes juives portent-elles une perruque ?

Vous avez croisé une femme dont la chevelure était trop belle pour être vraie, on vous a dit qu'elle était juive, et la question vous est restée. Ou bien vous vous mariez dans quelques mois, on vous parle de sheitel, et vous ne savez pas par où commencer. La réponse tient en une phrase : pour une femme juive mariée pratiquante, couvrir ses cheveux est une obligation de la loi juive, et la perruque est l'un des moyens de le faire. Je suis Dvora, perruquière à Paris 19e. C'est en cherchant mon propre sheitel après mon mariage, sans trouver en France ce que je voulais, que j'ai ouvert ce salon.

En bref

  • Une femme juive mariée pratiquante couvre ses cheveux par obligation religieuse, au nom de la tsniout (la pudeur) fixée par la loi juive, et non par mode.
  • L'obligation commence au mariage : une jeune fille juive ne couvre pas ses cheveux, une femme mariée les couvre.
  • Le sheitel est le nom yiddish de la perruque portée pour couvrir les cheveux ; le foulard (tichel) et le chapeau remplissent la même fonction selon les communautés.
  • Une perruque peut être plus belle que les cheveux qu'elle couvre : ce sont les cheveux de la femme elle-même qui relèvent, après le mariage, de sa sphère privée, pas la beauté en général.
  • Une perruque cachère est une perruque dont les cheveux ne proviennent pas d'un rite idolâtre (le cas discuté est celui des temples indiens) et qui porte une certification rabbinique.
  • La très grande majorité des femmes juives ne se rasent pas la tête ; seules quelques communautés hassidiques le font.

Pourquoi les femmes juives mariées se couvrent-elles les cheveux ?

Parce que la loi juive le demande. Le Talmud, dans le traité Ketouvot, s'appuie sur un passage de la Torah (Nombres, chapitre 5, où le prêtre « découvre la tête » d'une femme soupçonnée d'adultère) pour établir que les femmes mariées ont la tête couverte, et en fait une obligation pour toutes. Ce principe s'appelle la tsniout, la pudeur.

La tsniout ne demande pas à une femme de s'enlaidir. Elle demande que sa chevelure, la partie la plus visible de sa beauté, cesse d'appartenir au regard de la rue et relève désormais de sa sphère privée. Une femme qui couvre ses cheveux dit au monde qu'elle est mariée, sans avoir à le dire. Le Talmud raconte l'histoire de Kim'hit, mère de sept grands prêtres, qui expliquait que même les murs de sa maison n'avaient jamais vu ses cheveux.

Je le redis, parce que je l'entends chaque semaine : couvrir ses cheveux relève de la loi, pas d'une coutume gardée parce que sa mère le faisait. Les moyens varient d'une communauté à l'autre. Le principe, non.

À partir de quand une femme juive doit-elle se couvrir les cheveux ?

À partir du mariage, et seulement à partir du mariage. Une jeune fille, même très pratiquante, sort tête nue ; le jour où elle se marie, ses cheveux changent de statut. Selon les coutumes, on commence le soir même, le lendemain matin ou dès la sortie de la houppa : question pour votre rav, pas pour moi.

Une future mariée vient idéalement au salon plusieurs semaines en avance, le temps de choisir la matière et la couleur, de préparer la pièce et de la couper sur votre tête ; le délai vous est donné au premier rendez-vous. Celles qui arrivent la semaine du mariage repartent avec ce qui existe, pas avec ce qu'elles voulaient.

Toutes les femmes juives portent-elles une perruque ?

Non. Seules les femmes mariées pratiquantes couvrent leurs cheveux, et parmi elles la perruque n'est qu'une option. Le Rabbi de Loubavitch l'a fortement encouragée. Une partie des décisionnaires séfarades, dans la lignée du rav Ovadia Yossef, préfèrent le foulard ou le chapeau. Certains groupes hassidiques la refusent parce qu'elle ressemble trop à des cheveux découverts, d'autres l'exigent avec un bandeau ou un chapeau par-dessus.

Dans mon salon du 19e, je vois tout cela, du sheitel porté au bureau avec foulard à la maison jusqu'à la base courte sous un chapeau. Aucune cliente ne me demande de trancher la halakha, et je ne le fais jamais.

Qu'est-ce qu'un sheitel ?

Un sheitel est une perruque portée par une femme juive mariée pour couvrir ses cheveux. Le mot vient du yiddish ; en hébreu on dit péa nokhrit, « chevelure étrangère ». En France, le terme désigne toute perruque portée dans ce cadre religieux.

L'objet n'a pas toujours existé. Après l'époque du Talmud, les femmes couvraient leurs cheveux d'un tissu ou d'un voile ; la perruque n'est entrée dans les communautés qu'au XVIe siècle, avec la mode européenne. Le sheitel moderne, en cheveux naturels sur un bonnet fin avec une raie qui imite le cuir chevelu, est très récent.

Au salon, un sheitel à Paris est toujours une perruque en cheveux 100 % naturels, parce qu'il se porte tous les jours pendant des années et qu'aucune fibre ne tient ce rythme. Il existe deux grandes familles : le sheitel avec frange ou bandeau intégré, que certaines communautés préfèrent parce qu'on voit qu'il s'agit d'une perruque, et le sheitel à raie libre, dessus en tulle ou en soie, au rendu naturel et soigné. Le choix dépend de votre communauté avant votre goût.

Une femme juive doit-elle se raser la tête ?

Non, dans l'immense majorité des cas. Cette image vient de quelques communautés hassidiques d'origine hongroise, où les femmes se rasent après le mariage. En France, c'est rarissime. Les femmes que je reçois gardent leurs cheveux sous le sheitel. Des cheveux longs en chignon plat ne prennent pas la même place que des cheveux courts, alors venez coiffée comme vous le serez au quotidien sous la perruque.

Sheitel en cheveux naturels bruns posé sur une tête de bois dans un salon parisien
Un sheitel moderne : cheveux naturels, raie imitant le cuir chevelu, bordure fine.

Pourquoi une perruque plutôt qu'un foulard ou un chapeau ?

Parce que la perruque couvre tout, du matin au soir, sans bouger. C'est l'argument central du Rabbi de Loubavitch : un foulard, même bien noué, glisse et laisse apparaître des cheveux à la nuque ou aux tempes ; un chapeau découvre souvent la nuque. La même réponse reconnaît qu'une femme capable de tenir un foulard toute la journée fait aussi bien.

L'autre raison, je la vois toutes les semaines. Une femme qui travaille dans un hôpital, un cabinet ou une classe veut être une collègue, pas un signe religieux. Il arrive souvent qu'une femme porte le sheitel dehors et le foulard chez elle.

Foulard (tichel)ChapeauSheitel
CouvertureDépend du nouage, cheveux qui dépassent souventNuque et tempes souvent découvertesTotale, nuque comprise
Tenue dans la journéeÀ réajuster plusieurs foisGlisse avec le ventStable avec un bonnet ajusté
Discrétion en publicVisible comme signe religieuxSelon le modèlePasse pour une chevelure
Confort en étéLéger, respireChaud selon la matièreChaud si le bonnet est épais
EntretienLavage en machineBrossageLavage à la main, espacé selon l'usage
Avis rabbiniquesAccepté partoutAccepté partoutEncouragé par certains, déconseillé par d'autres

Une perruque plus belle que les vrais cheveux, est-ce hypocrite ?

Non, l'objection repose sur un contresens. La loi ne demande pas à une femme mariée d'être moins belle. Elle demande que ses cheveux à elle, ceux qui poussent sur sa tête, relèvent désormais de sa vie privée. La perruque les couvre, et elle dit aussi quelque chose au monde : cette femme est mariée, elle n'est pas disponible. Ce qu'on voit d'elle dehors est beau, mais sa chevelure à elle relève de sa sphère privée : la beauté reste visible, la chevelure reste privée.

Le Rabbi de Loubavitch ajoutait qu'une femme élégante dans son sheitel montre aux autres qu'on peut respecter la règle sans y perdre. Si votre communauté a une règle sur la longueur ou le bandeau, dites-le-moi au premier rendez-vous, je la respecte à la lettre. Pour le reste, votre rav est la référence, pas votre perruquière.

Foulard, chapeau et perruque juive côte à côte, les trois façons de couvrir ses cheveux
Foulard, chapeau ou sheitel : la règle est la même, le moyen change selon la communauté.

Qu'est-ce qu'une perruque cachère ?

Une perruque cachère est une perruque dont l'origine des cheveux a été vérifiée par une autorité rabbinique, qui atteste qu'ils ne proviennent pas d'un rite idolâtre. Elle porte alors un hechsher, une certification, comme un aliment. Ces certifications existent, mais leur fiabilité est elle-même discutée entre autorités rabbiniques : elles portent sur les cheveux, pas sur la perruque finie. Ni la coupe ni la couleur ne sont en cause, seulement la provenance des cheveux.

Le sujet a éclaté en 2004. Une grande partie des cheveux naturels vendus dans le monde vient d'Inde, où des pèlerins hindous se font tondre dans certains temples, qui revendent ces cheveux. La loi juive interdit de tirer profit de ce qui a servi à un culte idolâtre, et des décisionnaires majeurs ont interdit ces perruques : des milliers de sheitels ont été mis de côté ou brûlés cette année-là.

D'autres autorités, après enquête sur place, ont conclu que la tonsure était un rite de purification, que les cheveux n'étaient ni offerts ni adorés, et qu'ils ne tombaient pas sous l'interdit. Le débat n'est pas clos, chaque communauté suit son décisionnaire. Je ne délivre aucune certification cachère au salon. L'origine des cheveux se discute ouvertement au premier rendez-vous, et vous la vérifiez ensuite avec votre rav.

Une femme peut-elle faire une perruque avec ses propres cheveux ?

Sur le plan de la loi, la plupart des avis l'admettent : une fois coupés, les cheveux ne sont plus « ses cheveux » au sens de l'obligation. Quelques décisionnaires sont plus réservés, à vérifier avec le vôtre. Sur le plan pratique, je freine : une seule chevelure coupée donne rarement assez de matière pour un sheitel complet. Je préfère assortir la couleur et la texture de vos propres cheveux, mèche en main.

Comment reconnaître un bon sheitel ?

Un bon sheitel se reconnaît à quatre choses : des cheveux naturels non traités, une raie qu'on ne distingue pas d'un cuir chevelu, une bordure fine sur le front, et une densité proche d'une vraie chevelure. Tout ce que j'explique dans mon article sur reconnaître une perruque de qualité s'applique au sheitel, porté tous les jours pendant des années.

Des cheveux aux cuticules alignées ne s'emmêlent pas et supportent des années de lavages. La raie est l'endroit que tout le monde regarde, dans le métro, au-dessus de vous : un dessus en soie ou un tulle fin qui laisse voir une peau claire fait toute la différence. La bordure, trop épaisse, marque une ligne ; trop clairsemée, elle laisse voir le bonnet.

Ce que je vois souvent, ce sont les bruns et châtains profonds. Une perruque brune en cheveux naturels doit garder des reflets et une racine un peu plus foncée ; un brun uniforme comme de l'encre se repère à dix mètres.

Quelle longueur et quelle densité pour un sheitel ?

Pour tous les jours, une longueur entre l'épaule et le milieu du dos, avec une densité moyenne. C'est ce qui tient le mieux et vieillit le mieux ; les très longues perruques pèsent sur la nuque et s'emmêlent au col du manteau. Mon guide sur la taille, la longueur et la densité d'une perruque détaille les mesures. Si votre communauté fixe une longueur maximale, on part de là.

Comment tenir tous les jours, et tout l'été ?

Avec un bonnet fin, des cheveux bien plaqués dessous, et au moins deux sheitels en rotation. Un sheitel porté chaque jour se lave quand il le demande, et pendant qu'il sèche il vous en faut un autre. Souvent, une femme a un sheitel de semaine et un sheitel de chabbat et des fêtes, plus long ou plus travaillé. Les gestes du matin et du soir sont dans mon article sur porter une perruque tous les jours.

L'été est le vrai test. En juillet, dans le métro, sous un bonnet épais, on transpire, la bordure colle, l'envie de l'enlever monte. Un bonnet léger et une longueur qui dégage la nuque changent tout. Un sheitel bien monté se porte de 7 heures à minuit un jour de fête sans que vous y pensiez.

Combien coûte un sheitel ?

Le prix d'un sheitel dépend de la longueur des cheveux, de leur origine, de leur traitement, de la finesse du bonnet et de la part de travail à la main. Un sheitel court et un sheitel long en cheveux européens non traités, montés à la main, ne se paient pas du tout le même prix. J'explique chaque écart dans mon article sur le prix d'une perruque en cheveux naturels.

Un sheitel acheté pour raison religieuse n'est pas une prothèse capillaire remboursée par l'Assurance Maladie, qui suppose une prescription médicale. Et le prix d'achat n'est pas le seul coût : comptez la coupe, les lavages au salon et, des années plus tard, le renouvellement.

Je déconseille le sheitel acheté sur internet sans essayage : je le vois arriver au salon avec une bordure qui bâille, et la cliente a payé deux fois.

Où acheter un sheitel à Paris ?

Dans un salon où l'on vous reçoit seule, où l'on coupe la perruque sur votre tête, et où la perruquière connaît les codes de votre communauté. C'est ce que je n'ai pas trouvé quand je me suis mariée, et ce que j'ai construit rue d'Hautpoul, à deux pas du métro Ourcq.

Vous venez seule ou avec votre mère, la porte est fermée, personne d'autre n'entre. Je mesure votre tour de tête, je regarde votre ligne de front, vos sourcils, la forme de votre visage. Vous essayez plusieurs bases, et je coupe la bonne sur vous, jamais sur un mannequin. Si aucune ne vous va, si votre tête est petite ou si vous voulez une raie décalée, je vous propose une perruque sur mesure.

Le salon est ouvert le dimanche de 10 h à 15 h, ce qui compte souvent, et le vendredi sur rendez-vous. Chaque sheitel est garanti un an. Pas de vente en ligne : un sheitel se choisit sur une tête, pas sur un écran.

L'avis de Dvora

Quand je me suis mariée, j'ai cherché un beau sheitel en France et je n'ai pas trouvé ce que je voulais : c'est ce manque qui a fait naître ce salon. Depuis, je vois passer des femmes qui ont acheté vite, sans conseil, un sheitel qui bouge, qu'elles retouchent dans les vitrines et auquel elles pensent toute la journée. C'est ce souvenir qui me fait dire à chaque future mariée : ne vous contentez pas d'un sheitel qui couvre, exigez un sheitel que vous oubliez. Cela demande de venir avant le dernier moment, de l'essayer sur votre tête et de le faire couper pour vous. Une perruque que vous n'aimez pas, vous finirez par ne plus vouloir la porter.

Perruquière ajustant un sheitel sur une cliente dans son salon de Paris 19e
Au salon, le sheitel est coupé sur votre tête, jamais sur un mannequin.

Vos questions

Une veuve ou une femme divorcée doit-elle continuer à se couvrir les cheveux ?

La plupart des avis demandent de continuer. L'obligation naît avec le mariage et, selon l'opinion majoritaire, ne disparaît pas avec lui. Certains décisionnaires accordent des assouplissements, surtout à une femme jeune qui souhaite se remarier. C'est une question pour votre rav.

Combien de sheitels faut-il pour commencer ?

Un seul suffit pour se marier, deux rendent la vie possible. Le premier se porte tous les jours. Le second prend le relais pendant les lavages et sert pour chabbat et les fêtes. Il arrive souvent que le second s'achète dans l'année.

Faut-il choisir un sheitel avec bandeau ou avec frange ?

Cela dépend de la règle de votre communauté, puis de votre visage. Certaines communautés demandent qu'un bandeau ou un chapeau reste visible pour que la perruque soit identifiable. Une frange adoucit un front haut et masque la bordure, un bandeau intégré se pose en quelques secondes. Renseignez-vous d'abord, on choisit ensuite au salon.

Combien de temps dure un sheitel ?

Des années pour un sheitel en cheveux naturels porté tous les jours et lavé correctement. Ce qui l'use : les frottements au col, les lavages trop fréquents, la chaleur du fer et le soleil. Un passage au salon quelques fois par an, selon l'usage, pour un entretien de votre perruque prolonge nettement sa vie.

Peut-on colorer ou recouper un sheitel ?

Oui, parce qu'il s'agit de cheveux naturels. On peut foncer, apporter des reflets, rafraîchir la coupe, ajouter une frange. On ne peut pas éclaircir fortement sans abîmer la matière, et je le déconseille sur un sheitel déjà traité. Une coloration se fait au salon, jamais dans une salle de bains : le bonnet ne supporte pas les produits.

Venez essayer votre sheitel au salon

Mariage dans trois mois ou sheitel porté depuis vingt ans sans en avoir jamais été satisfaite, la première étape est la même : un essayage au salon, seule, porte fermée, sans engagement. Prenez votre premier rendez-vous au salon ou appelez-moi au 06 17 01 56 70. Venez avec vos cheveux coiffés comme sous la perruque, une photo de la coiffure que vous aimez, et les règles de votre communauté si vous en avez. Le reste, je m'en occupe.